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Haïti : la fin de l’illusion d’une communauté internationale unie ou la fin du Core groupe

La communauté internationale agit-elle en Haïti de manière coordonnée… ou assiste-t-on à une forme de “partage de gâteau” entre puissances et institutions ? une réalité s’impose aujourd’hui avec une certaine ironie : plus la communauté internationale est présente, moins elle semble parler d’une seule voix.

Brigitte Benshow by Brigitte Benshow
avril 25, 2026 - Updated On avril 26, 2026
in A la une, Editorial, L'edito 509, Opinion
Reading Time: 9 mins read
Haïti : la fin de l’illusion d’une communauté internationale unie ou la fin du Core groupe

Port-au-Prince, le 25 Avril 2026 — Il fut un temps où la “communauté internationale” en Haïti parlait d’une seule voix. Une voix souvent contestée, parfois critiquée, mais identifiable. On se souvient encore du Core Groupe. Aujourd’hui, cette voix s’est diluée.

À sa place, une pluralité d’acteurs, de stratégies et de narratifs coexistent — sans toujours converger. La communauté internationale agit-elle en Haïti de manière coordonnée… ou assiste-t-on à une forme de “partage de gâteau” entre puissances et institutions ?

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En effet, sans qu’aucun accord officiel ne le consacre, une division fonctionnelle des interventions semble s’être installée. Et sous le vernis de la coordination, une réalité plus nuancée s’impose : celle d’une fragmentation organisée.

Une organisation sans chef d’orchestre

Sur le papier, tout semble structuré.

L’Union européenne  finance, forme et accompagne.  Avec la France et l’Espagne, elle concentre ses efforts sur le développement, la coopération éducative, culturelle et sociale. Une stratégie qui vise aussi à projeter l’image d’une Europe plus unie, au-delà des initiatives isolées. Même quand la France essaie de faire cavalier seul  des fois dans certaines initiatives, le nouveau leadership européen en Haïti récupère aussi la mise. 

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) sensibilise, encadre et forme encore. Dans le champ institutionnel, le BINUH se limite à jouer un rôle clé dans la formation aux droits humains, notamment sur les questions de violences sexuelles, dans un contexte de déploiement de forces contre les gangs. Les policiers de la PNH, les soldats de la GSF/MMSS, les jeunes et les femmes de la société sont les principaux bénéficiaires de ces séries de formations permanentes à courte durée. Un véritable centre de formation de cours intensifs.

C’est comme si, aujourd’hui en Haïti, sans vouloir banaliser les programmes de formation certifiée des Nations Unies, l’urgence ne concernait plus les territoires perdus, ni les déplacés internes, encore moins les enfants déscolarisés en raison de l’escalade de la violence des gangs. Ce dont il serait désormais question, ce serait de formation.

S’agit-il d’une nouvelle forme de déni face aux véritables problèmes du pays, ou d’une énième déclinaison du « faire-faire » politique observé depuis les premières missions onusiennes dans cette longue transition démocratique ? Ou, au pire, est-ce réellement ce qui figure dans la feuille de route définie depuis New York ?

De son côté, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) administre, gère et supervise le dispositif. Il agit comme un gestionnaire technique, notamment à travers le financement et la supervision du basket fund électoral, constitué jusqu’ici de ressources haïtiennes et de fonds à caractère humanitaire sur lesquels l’État haïtien n’exerce qu’un contrôle limité.

Les agences onusiennes, notamment OCHA et l’UNICEF, remercient régulièrement certains pays pour les millions alloués à Haïti. Pourtant, ces fonds ne transitent pas par le Trésor public et échappent en grande partie aux mécanismes nationaux de contrôle.

Par ailleurs, il convient de souligner qu’Haïti contribue elle-même à ces fonds, tout en supportant des frais de gestion pouvant atteindre jusqu’à 30 % au profit d’organismes tels que le PNUD et l’UNOPS pour l’administration de ces ressources.

Dès lors, plusieurs questions se posent :

  • Qui contrôle réellement ces dépenses ?
  • Quels sont les autres pays contributeurs au basket fund électoral, en dehors d’Haïti ?
  • Quelle instance autorise les décaissements et les tirages sur ce fonds ?

Au nom de la transparence, il devient essentiel de s’interroger sur l’état d’avancement des décaissements, ainsi que sur la répartition effective de ces dépenses.

Former, financer… mais rendre des comptes ? Dans ce dispositif, le rôle des agences onusiennes s’est considérablement élargi. Le BINUH forme, intensément et à répétition : ateliers, sessions certifiées, programmes en cascade. Le PNUD, de son côté, administre et supervise, notamment à travers la gestion des fonds électoraux. Une mécanique bien rodée, visible, structurée — mais dont les effets concrets sur l’avancement du processus électoral restent difficilement perceptibles.

Pendant ce temps, une question persiste, insistante : où en est réellement l’organisation des élections ? Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé dénonce un budget de 250 millions de dollars préparé par le Conseil électoral provisoire. Mais au-delà du chiffre, l’essentiel demeure flou : quels financements ont été mobilisés, par quels acteurs, et pour quels résultats tangibles ? Autant d’interrogations reléguées au second plan, alors qu’elles devraient constituer le cœur du débat public.

Chacun son rôle. Chacun son périmètre.

Une mécanique bien huilée — du moins en apparence. Car derrière cette distribution fonctionnelle, une question persiste : qui décide réellement de l’ensemble ?

La sécurité, ou l’art de déléguer l’essentiel

Sur le terrain sécuritaire, la logique est encore plus lisible.

Le Canada et l’Organisation des États américains appuient la Police Nationale d’Haïti (PNH), formations continues bien sûr en différents techniques, dons de matériels pour la PNH. Les commandes placés par l’Etat Haïtien sont noyées dans les dons reçus par certains pays, Quel est l’Etat des commandes de la Police Nationale d’Haïti? Quid de ces fameux blindés de la compagnie INCAS.

D’un autre côté, les Forces armées d’Haïti reçoivent un soutien structurant de la France (formation, coopération militaire, voyage)..

Et les États-Unis d’Amérique accompagne au final la Force de repression des gangs (GSF) installées sur le périmètre de l’aéroport international toussaint Louverture, ils appuient la task-force de Eric Prince. les américains coordonnent, orientent et arbitrent. Ils restent le principal acteur sécuritaire et politique, avec un droit de veto sur le gouvernement.

Une architecture cohérente, pourrait-on croire ! À ceci près que le centre de gravité n’est jamais officiellement désigné — tout en restant parfaitement identifiable.

Des acteurs secondaires… qui ne le sont plus vraiment

Pendant que certains structurent, d’autres avancent.

Le Mexique opère un rapprochement ponctuel avec l’Union européenne, traduisant une volonté de ne pas trop s’aligner sur Washington et d’exister dans les dynamiques multilatérales autour d’Haïti.

De son côté, Taïwan avance avec prudence mais constance. Entre les marges laissées par les États-Unis et le Canada, Taipei :

•⁠  ⁠soutient la police haïtienne,

•⁠  ⁠déploie une aide humanitaire ciblée,

•⁠  ⁠et consolide discrètement sa présence diplomatique.

De temps à autres, le Japon fait aussi son apparition sur la toile diplomatique en Haïti. Le Brésil renforce la coopération culturelle.

Une stratégie d’influence silencieuse.

Le Royaume-Uni, fidèle à sa tradition, préfère l’ombre à la lumière. Officiellement discret, officieusement présent — notamment à travers des figures comme Jonathan Powell, dont les apparitions aux côtés de partenaires occidentaux, y compris au Palais de l’Élysée en Avril de l’année dernière à coté de Marco Rubio, ne relèvent pas du simple hasard. Le même jour que Emmanuel Macron a reconnu l’infâme dette de l’indépendance envers Haïti.

La grande absente : la région

Dans ce paysage élargi, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) semble s’effacer.

Longtemps présentée comme un acteur de proximité, elle apparaît aujourd’hui marginalisée. Moins audible, moins influente, moins décisive.

Comme si, dans le dossier haïtien, la géographie avait fini par céder face à la géopolitique. 

Longtemps présentée comme un acteur régional clé dans la crise haïtienne et dans la transition, l’organisation semble aujourd’hui hors jeu.

La République dominicaine s’aligne sur les grandes orientations des États-Unis concernant Haïti tout en cherchant à s’imposer comme un acteur de référence et un leader régional. Elle adopte, sur le plan diplomatique, une posture axée sur l’appui humanitaire à la force de répression des gangs. Un accord de dégel a été signé le 17 avril 2026 par les deux chancelleries, tandis que les autorités dominicaines poursuivent en parallèle le renforcement de leur politique migratoire.

La fin d’un cycle

Il y a encore quelques années, la communauté internationale parlait d’une seule voix en Haïti. Le Core Groupe suffisait à orienter les décisions majeures, soutenir ou fragiliser des dirigeants, imposer un tempo politique. Aujourd’hui, ce schéma s’est fissuré. Une seule note du Core groupe suffisait. Aujourd’hui, chaque ambassade et chaque pays fixe leur position personnelle avec nuance sans désaccord profonde mais pas toujours alignée.

Le fameux trio jugé complice Canada–France–États-Unis semble aujourd’hui fragilisé, voire relégué au rang de souvenir, sous l’effet des nouvelles orientations des politiques américaine et européenne. La crise géopolitique globale se reflète ainsi en Haïti, marquée par la fin d’une certaine unanimité, la multiplication des agendas et une concurrence diplomatique accrue. Dans ce contexte, chaque ambassade paraît désormais engagée dans une quête de visibilité, cherchant à démontrer que son pays est à l’origine de telle initiative ou de tel progrès.

Le Core Group n’est plus ce centre de gravité. La communauté internationale est divisée, dans un pays qui, lui-même, fait face à ses propres fractures internes.

Plus qu’un simple “partage de gâteau” entre grandes puissances, la situation actuelle révèle une réalité très profonde. Haïti est devenu un espace d’intervention éclaté, où  ⁠les influences se superposent et les responsabilités se diluent. L’État Haïtien peine à prendre le contrôle, et même à présenter une vision claire d’une stratégie, tant à la population qu’à la communauté internationale, pour mettre fin à la crise.

Il ne s’agit pas d’un “partage de gâteau” formel. Ce serait trop simple.

Il s’agit d’un système plus subtil : une fragmentation assumée, où chacun intervient, ajuste, avance — parfois ensemble, souvent en parallèle.

Et dans ce jeu d’équilibres, une réalité s’impose aujourd’hui avec une certaine ironie : plus la communauté internationale est présente, moins elle semble parler d’une seule voix. Et Malheureusement, Haïti ne sait toujours pas comment tirer profit de la fracture entre ces pays qui en général ont influencé dans l’unité le destin du pays.

Brigitte Benshow

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Tags: core group

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