Le Regroupement des Amants d’Haïti et ses 10 Départements (REAH-10) a organisé, le vendredi 10 avril 2026 à Santo Domingo, la 18ᵉ édition de la Nuit culturelle haïtiano-dominicaine, un événement annuel inscrit dans la commémoration de la disparition de Toussaint Louverture.
Placée sous le thème « Conociéndonos mutuamente / Mieux nous connaître pour mieux vivre ensemble », cette rencontre a réuni des membres de la diaspora haïtienne, des étudiants, des invités dominicains ainsi que plusieurs personnalités du monde politique et intellectuel, dont l’ancien Premier ministre Jean Henry Céant et Joel Théodat.
L’événement est une initiative de Ing.Florial Nikerson’n, avec la participation du député Caleb Desraumeaux, qui a assuré le rôle de maître de cérémonie. Le groupe Boukman Eksperyans a clôturé la soirée.
Un espace de réflexion sur Haïti et les relations haïtiano-dominicaines
Au-delà de son caractère culturel, cette 18ᵉ édition a servi de tribune de réflexion sur la situation d’Haïti et les relations entre Haïti et la République dominicaine.
Trois interventions majeures ont marqué la soirée : celles de l’ancien ministre des Affaires étrangères Bocchit Edmond, de l’ancien ambassadeur d’Haïti au Canada Weibert Arthus, ainsi que d’un sociologue dominicain invité, Dario Solano.
Bocchit Edmond : “Haïti n’est pas un échec, mais un projet historique en construction”
Dans son allocution, l’ambassadeur Bocchit Edmond a appelé à une relecture historique de la situation haïtienne, rejetant les discours réduisant le pays à un échec.
« Il est devenu trop facile de qualifier Haïti d’échec. Mais Haïti est un projet historique encore en construction », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que l’indépendance de 1804 a fait d’Haïti la première république noire libre issue d’une révolution d’esclaves victorieuse, tout en soulignant les contraintes historiques subies par le pays.
« Isolement diplomatique, dette imposée et ingérences répétées : notre histoire n’a jamais été un long fleuve tranquille », a-t-il ajouté.
Selon lui, les fragilités institutionnelles et politiques ne doivent pas être interprétées comme un échec définitif, mais comme les défis d’un processus inachevé.
Les fondements du projet haïtien : liberté, bien-être et solidarité
Les différentes interventions ont structuré le projet historique haïtien autour de trois piliers fondamentaux :
- La liberté, issue de la lutte contre l’esclavage et consacrée par l’indépendance de 1804
- Le bien-être, opposé au système colonial d’exploitation
- La solidarité, incarnée par la devise nationale « L’union fait la force »
Les intervenants ont également rappelé le rôle historique d’Haïti dans plusieurs luttes internationales d’indépendance.
Weibert Arthus : une lecture historique du “projet Haïti”
Dans une intervention complémentaire, Weibert Arthus a insisté sur la nécessité de replacer Haïti dans une perspective historique élargie.
« Le projet Haïti a officiellement pris corps en 1804, mais il a existé bien avant », a-t-il affirmé.
Il a décrit la construction d’Haïti comme étant fondée sur la résistance à l’esclavage, la quête de liberté et la solidarité entre peuples opprimés.
Les trois piliers du projet haïtien selon Arthus
La liberté : résistance des esclaves, marronnage et guerre de libération ayant conduit à l’indépendance.
« Vivre libre ou mourir est devenu le principe fondateur de la nation », a-t-il rappelé.
Le bien-être : rejet du système colonial basé sur l’exploitation des travailleurs esclaves.
La solidarité : mise en avant de la devise nationale et du rôle d’Haïti dans divers mouvements internationaux de libération.
Une lecture critique de la situation actuelle
Les intervenants ont reconnu la gravité de la situation actuelle en Haïti, tout en appelant à éviter une lecture fataliste.
« La situation actuelle ne détermine pas notre histoire, encore moins notre destinée », a souligné Weibert Arthus.
Jean Henry Céant : entre critique et appel à l’espoir
Intervenant dans un contexte de débat animé, l’ancien Premier ministre Jean Henry Céant a apporté une lecture plus nuancée et critique de la situation.
Il a d’abord reconnu la qualité des échanges et des interventions :
« J’avais pris à la légère ce débat, mais j’ai découvert des interventions de très haut niveau », a-t-il déclaré.
S’adressant également au public dominicain présent, il a salué la compréhension de certains partenaires :
« Il y a des Dominicains qui comprennent que seuls, nous ne pouvons pas aller très loin sans solidarité avec le peuple haïtien. »
Toutefois, il a nuancé le débat sur la notion d’échec :
« Il y a un échec par rapport à la situation actuelle d’Haïti, par rapport à ce que nous vivons ici, aux États-Unis et ailleurs. »
Mais il a immédiatement ouvert une perspective d’espoir :
« Je me console en comprenant que lorsque vous refusez de parler uniquement d’échec, c’est pour ouvrir des rayons d’espoir. Et Haïti va renaître. »
Il a insisté sur la capacité du peuple haïtien à se relever :
« Nous savons être différents, nous savons marquer l’histoire, et nous allons encore la marquer. »
Diaspora et jeunesse au cœur du projet
Les intervenants ont unanimement souligné le rôle central de la diaspora et de la jeunesse dans la reconstruction du pays, considérées comme des acteurs essentiels du futur national.
Cette 18ᵉ édition de la Nuit culturelle REAH-10 a confirmé son rôle de plateforme de dialogue entre mémoire historique, culture et réflexion politique.
Au-delà de la commémoration de Toussaint Louverture, l’événement a mis en avant une idée centrale : celle d’une Haïti qui ne se résume pas à l’échec, mais à un projet historique encore en construction, entre défis actuels et espoir de reconstruction.
La rédaction
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