Nous avons une équipe nationale dont l’histoire dépasse le cadre du sport pour s’inscrire dans la mémoire collective de son peuple. La sélection haïtienne de football, affectueusement surnommée les Grenadiers, appartient à cette catégorie rare des sélections qui ne font pas que représenter leur pays, ils portent l’espoir, ils témoignent d’une fièvre issue de la passion populaire pour le ballon rond.
Née dans un contexte de construction identitaire, les grenadiers se sont imposés, au fil des décennies, comme un symbole de fierté, de résistance et d’espoir pour tout un pays. Le Quotidien 509 vous propose de vivre ou de revivre le parcours de notre sélection nationale, de sa genèse jusqu’à aujourd’hui, dans cette nouvelle rubrique sportive dite : RETRO-SPORT 509.
Le football en Haïti est une forme de religion, une manifestation qui réunit même dans l’adversité depuis son introduction dans notre culture sportive, jusqu’à devenir le sport #1. De même que dans tous les autres pays membres de la FIFA il y a une équipe de football nationale et il existe aussi une instance qui est chargée de structurer ce sport : « c’est la Fédération Haïtienne de Football (la FHF) », créée en 1904 sous le nom et la forme de « Commission de Football de l’Union des Sociétés Sportives Haïtienne ».
En ses débuts, elle n’était donc pas indépendante, elle existait sous la tutelle de cette dite commission qui exerçait son influence sur d’autres disciplines sportives. C’est jusqu’en 1930 qu’elle sera mieux organisée, et de là naîtra officiellement la Fédération Haïtienne de Football. Elle rejoindra la FIFA en 1934.
Bien qu’elle sera reconnue neuf (9) ans plus tard par la FIFA, la sélection nationale haïtienne de football n’a pas attendu près d’une décennie pour faire sa grande entrée et, a joué son premier match officiel le 22 mars 1925. Une rencontre historique qui s’est tenue à Port-au-Prince, où l’équipe haïtienne a affronté la Jamaïque, s’inclinant 2 buts à 1, avec un premier but haïtien inscrit par Painson.
Le point culminant reste sans conteste la participation historique à la Coupe du Monde de la FIFA 1974 organisée en Allemagne de l’Ouest. Haïti devient alors la première nation caribéenne à se qualifier pour une Coupe du monde.
Durant les deux décennies qui précèdent les années 70’s, on note que les grenadiers ont joué des matchs amicaux internationaux avec des pays de la caraïbe et de l’Amérique centrale. Avec le Développement et la structuration, le football haïtien ainsi que la sélection nationale progressent en organisation, en niveau dans la région.
Par rapport à ce niveau obtenu, vient l’âge d’or dans les années 1970 avec ce titre de champion de coupe des nations de la Concacaf, actuellement Gold cup, en 1973, premier trophée continental majeur. Sur cette même lancée, Haïti se qualifie en 1974 pour la coupe du monde en Allemagne, dans laquelle elle a participé et a créé l’exploit de marquer deux buts qui sont l’œuvre du regretté mémoire et légende du football haïtien Emmanuel « Manno » Sanon, l’un contre l’Italie 15 Juin 1974 qui interrompt du coup, la série d’invincibilité du légendaire Dino Zoff avec une défaite 3-1, l’autre contre l’Argentine 23 Juin 1974 une défaite 4-1.
Celui face aux sud-américains est venu bien après la défaite cinglante 0-7 face à la Pologne 19 Juin 1974. Depuis cette campagne, 52 ans se sont écroulés sans que la sélection ne puisse participer à une seconde phase finale de coupe du monde, jusqu’à sa qualification le 18 novembre 2025.
De cette période glorieuse de la sélection nationale, on retiendra des noms comme l’entraîneur Antoine Tassy qui a réussi cet exploit historique de qualification en coupe du monde, Emmanuel « Manno » Sanon bien sûr le buteur de cette équipe, l’attaquant Roger Saint-Vil pour son apport offensif, seul joueur de cette équipe ayant évolué à l’étranger, Jean-Claude Désir « Tom Pouce » milieu créateur, le gardien Henri Francillon crucial comme dernier remparts, les défenseurs Wilner Nazaire, Arsène Auguste, Ernest Jean-Joseph et Pierre Bayonne connus pour leurs solidités, leurs robustesses et leurs esprits d’équipe, sans oublier Philippe Vorbe, figure emblématique toujours actif dans le milieu sportif.
Déclin et turbulences : entre crises et désillusions
L’après 1974 de la sélection est marquée par des hauts et des bas avec des irrégularités au niveau international malgré de belles performances dans la zone caraïbe, une mauvaise gestion de la fédération en terme d’infrastructure et d’organisation, et aussi les conséquences d’une crise politico-économique qui affectent fortement le pays.
On est loin des années 1970 dites années glorieuses avec des joueurs vieillissants et prêts pour la retraite, une équipe en chute libre ainsi que l’incapacité d’une qualification en coupe du monde. C’est par ces instabilités et difficultés qu’ont été marquées les années (1980-1990).
Les années 2000 seront marquées par des tentatives de reconstructions avec une restructuration du football à travers la mise en place de formations et de détections de jeunes talents, on parle des lors d’opération 2006 et de plusieurs autres qui ont suivi.
C’est en ce sens qu’on notera le retour progressif de la sélection nationale masculine senior sur la scène internationale et ce trophée de champions dans la coupe caraïbe en 2007, avec des joueurs comme : Pierre Richard Bruny, Gabard Fenelon, Brunel Fucien, Alexandre Boucicaut entre autre…
Renaissance progressive : diaspora et reconstruction
Depuis les années 2010, la sélection nationale senior s’est progressivement réaffirmée sur la scène régionale après une longue période d’irrégularité. Le premier signal fort survient avec une participation à la Copa America Centenario 2016 et une régularité à la Gold Cup, notamment celle 2013, suivie de 2015 et 2019.
Cette dernière marquant un tournant historique avec une demi-finale atteinte, portée par une génération talentueuse emmenée par Duckens Nazon, Wilde-Donald Guerrier et Johnny Placide. Les grenadiers y ont également participé en 2021. Parallèlement, Haïti participe aux éliminatoires de la Coupe du monde de la FIFA 2014, 2018 et 22 sans parvenir à franchir les dernières étapes qualificatives, mais en affichant des progrès notables dans le jeu et la compétitivité. Cette période pose les bases d’un renouveau, malgré des contraintes structurelles persistantes.
Toujours À partir de 2010, l’équipe entre dans une nouvelle phase, marquée par son engagement dans la Ligue des nations de la CONCACAF, avec des résultats en dents de scie mais révélateurs d’un potentiel offensif réel, et la présence d’entraineurs étrangers comme Marc Colas, qui ne passe pas inaperçu. Haïti manque de peu la qualification pour la Coupe du monde de la FIFA 2022 après une élimination face au Canada, mais confirme sa montée en puissance.
Cette dynamique se concrétise avec les campagnes suivantes : participation aux Gold Cup 2023 et 2025 et relance dans les éliminatoires de la Coupe du monde de la FIFA 2026, où les Grenadiers ont affiché l’ambition de renouer avec la phase finale mondiale, plus de cinquante ans après leur unique participation.
En parallèle, les autres catégories, notamment la sélection féminine qualifiée pour la Coupe du monde en 2023 avec les têtes d’affiches comme Nérillia Mondesir et notre prodige nationale Melchie Dumorney dit Corventina, ce qui traduit en partie, une progression du football haïtien, désormais porté par sa diaspora et une nouvelle génération déterminée à inscrire durablement Haïti dans le paysage du football international.
Aujourd’hui, la sélection haïtienne évolue dans un contexte toujours fragile où le football local est à l’agonie. Les défis sont nombreux : manque d’infrastructures modernes, instabilité institutionnelle, difficultés économiques et les crises sociales : « l’insécurité ». Pourtant, l’équipe continue de se battre, portée par une jeunesse talentueuse et une diaspora engagée. Le football haïtien reste un miroir de la société : résilient, imprévisible, parfois fragile, mais toujours debout.
Une équipe, une nation, une mémoire
Plus qu’une simple sélection nationale, les Grenadiers représentent une narration collective. Chaque match est une page d’histoire, chaque but une déclaration d’existence. De la poussière des terrains improvisés de Port-au-Prince aux pelouses des grandes compétitions internationales, la sélection haïtienne de football incarne une vérité simple mais puissante : même dans la difficulté, un peuple peut continuer de rêver un meilleur demain. Et, tant que le ballon roulera, Haïti ne cessera jamais d’y croire.
Grenadiers à l’assaut…
Dave-Hansky LORIUS et Marc Arthur Paul
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