Cinquante-sept mois après l’assassinat de Jovenel Moïse, l’ancienne Première dame Martine Moïse s’impose comme l’une des voix les plus constantes — et les plus controversées — dans la bataille pour la justice.
Depuis janvier 2026, un fait interpelle : elle publie désormais un message chaque 7 du mois, alors qu’auparavant, ses prises de parole étaient surtout concentrées autour du 7 juillet, date anniversaire de l’assassinat.
Un changement de rythme qui pose question : simple intensification du combat ou stratégie de pression et d’occupation de l’espace public ?
Janvier – avril 2026 : une parole mensuelle, offensive et ciblée
Le 7 février 2026, elle déclarait :
« Jodia fè 55 mwa depi oligak ak politisyen kriminèl touye Prezidan Jovenel Moïse e tire m. »
Elle y dénonce un « système » qui, selon elle, aurait non seulement organisé le crime, mais également pris le contrôle des institutions.
Le 7 mars 2026, le ton se durcit davantage :
« Jij Jean Roger Noëlcius […] konfese nan tribinal federal Miami. Kiyès ki bay jij la kout men pou sove kite Ayiti ? »
Elle met directement en cause des acteurs du système judiciaire et évoque des complicités dans la fuite de certains suspects.
Le 7 avril 2026, elle franchit un nouveau cap :
« Oligak ak politisyen kriminèl voye sòlda mèsenè kolonbi touye Prezidan an… apre sa yo pran kontwòl pouvwa ekzekitif ak jidisyè a pou sabote lajistis. »
Elle accuse désormais explicitement certains journalistes de jouer un rôle dans ce qu’elle décrit comme un système de dissimulation et de manipulation.
Non oligak, jounalis, politisyen, jij kriminèl ki enplike, ap parèt youn apre lòt, menm si yap chache kase fèy kouvri sa. Otorite leta ki la jodia an Ayiti, ap defann kriminèl ak enjistis. Yap pwoteje asasen yo, paske yo tout fè pati de menm ekip la.
Un discours qui s’élargit… mais reste sans noms précis
Au fil des mois, les accusations s’étendent :
- oligarques
- politiciens
- juges
- journalistes
Mais un point reste constant : l’absence de désignation publique claire de responsables précis, malgré des affirmations de plus en plus catégoriques. Dans une interview accordée à France 24, elle affirme même :
« Je sais qui a fait ça, mais je ne le dirai jamais. »
Une déclaration qui alimente le scepticisme. Comment revendiquer la vérité tout en refusant d’en livrer les éléments clés ?
Le procès de Miami : entre révélations et contradictions
Pendant ce temps, le procès devant la justice fédérale de Miami avance.
Martine Moïse y a apporté plusieurs éléments :
- l’existence de fonds mensuels (environ 20 millions de gourdes) destinés au renseignement
- des détails sur la nuit de l’attaque
- des éléments sur les mouvements des assaillants
Mais là encore, certaines zones d’ombre persistent. Elle déclarait notamment :
« Mwen mande tèt mwen jodi a ki kote lajan sa yo te pase si yo pa t ka sove mari mwen. »
Dans un autre moment, un avocat de la défense a qualifié certains aspects de son récit de « miracle », notamment sur la survie de ses enfants cachés dans la salle de bain.
Un récit évolutif depuis 2021
Depuis l’assassinat, ses déclarations ont évolué :
- 2021 : elle affirme ne pas avoir vu les assaillants, évoquant une lumière aveuglante
- ensuite : elle parle des « bottes » des agresseurs
- plus récemment : elle affirme connaître les responsables
Ces variations, bien que pouvant s’expliquer par le traumatisme, alimentent aussi les interrogations dans l’opinion.
Une stratégie de communication assumée ?
Le passage d’une communication annuelle (7 juillet) à une communication mensuelle (chaque 7 du mois) marque un tournant.
Plusieurs hypothèses émergent :
- maintenir la pression médiatique et politique
- accompagner le calendrier du procès à Miami
- installer une narration continue autour de l’affaire
- ou préparer un positionnement politique plus affirmé
Car au-delà du judiciaire, la parole de Martine Moïse s’inscrit désormais dans un espace clairement politique, d’autant que madame avait déclaré sa candidature aux élections après l’assassinat de son mari.
Entre quête de justice et brouillage du récit
Aujourd’hui, une double réalité s’impose :
- Martine Moïse reste un témoin central, survivante directe de l’attaque
- mais ses prises de position, de plus en plus larges et accusatrices, soulèvent des interrogations sur leur portée réelle
Entre accusations globales, révélations partielles et refus de nommer certains responsables, son discours oscille entre dénonciation, stratégie et zones d’ombre.
Une question ouverte
Dans une affaire déjà complexe, où s’entremêlent justice internationale, intérêts politiques et réseaux d’influence, une question demeure : la multiplication des déclarations de Martine Moïse éclaire-t-elle progressivement la vérité… ou contribue-t-elle à entretenir une confusion déjà profonde autour de l’assassinat du président Jovenel Moïse ?
La rédaction
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