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FestiColor au Cap-Haïtien : entre liberté, dérives et faillite collective

Les images du Festi Color au Cap-Haïtien ne relèvent plus d’un simple fait divers. Elles s’imposent comme un miroir — parfois cru, souvent dérangeant — d’une société en perte de repères. On y voit des corps exposés, de la peinture appliquée, parfois sur des zones intimes, dans une atmosphère saturée de musique, de danse et d’euphorie collective.

Brigitte Benshow by Brigitte Benshow
avril 7, 2026
in A la une, Editorial, L'edito 509
Reading Time: 4 mins read
FestiColor au Cap-Haïtien : entre liberté, dérives et faillite collective

FestiColor, présenté comme un événement culturel et festif inspiré des célébrations de type Holi, s’est imposé ces dernières années comme un rendez-vous populaire au Cap-Haïtien et dans la Plaine du Nord. Jets de poudres colorées, performances musicales et ambiance carnavalesque en font un espace de divertissement prisé, notamment par les jeunes.

Cependant, l’édition d’avril 2026, organisée au Cap-Haïtien et à Plaine-du-Nord, a profondément changé la perception de cet événement. Ce qui devait être une célébration festive s’est transformé en une polémique nationale, alimentée par des images massivement diffusées sur les réseaux sociaux.

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Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes où de la peinture est appliquée sur le corps de participantes, au niveau de la poitrine, du ventre et du dos, dans une ambiance de forte promiscuité.

Mais ces images révèlent aussi une réalité plus complexe.

Des images qui dérangent… mais qui interrogent

Oui, certaines scènes choquent. Oui, des gestes posés sur des parties intimes sont difficilement justifiables.

Mais les vidéos qui circulent révèlent une réalité plus complexe — et profondément troublante.

On y voit des filles comme des garçons appliquer de la peinture.

On observe des interactions qui concernent aussi bien des jeunes femmes que des jeunes hommes. Certaines réactions sont ambiguës : surprise, gêne… puis participation.

Dans une séquence largement commentée, une participante semble d’abord choquée par un geste jugé intrusif, avant de se prêter à nouveau au jeu quelques secondes plus tard.

D’autres images racontent une tout autre réalité :

  • des jeunes filles refusant clairement tout contact
  • des participantes quittant les lieux ou évitant certains groupes
  • des visages marqués par le malaise, l’hésitation ou la pression ambiante

Ces contradictions ne sont pas anodines.

Elles traduisent une zone grise inquiétante, où les repères se brouillent. Où le refus n’est pas toujours respecté. Où l’adhésion peut être influencée, voire forcée par le contexte. Et cette réalité dérangeante impose une réflexion plus profonde : sommes-nous face à une liberté assumée, ou à une pression collective déguisée en fête ?

 Une fête sans limites claires

Au-delà des actes, c’est le cadre qui interroge.

Dans cet espace festif :

  • le corps devient public
  • l’intimité se banalise
  • les frontières individuelles s’effacent

Plus inquiétant encore, certaines images montrent la participation d’adultes, y compris dans des rôles supposés d’encadrement. Lorsque ceux qui doivent fixer les limites participent eux-mêmes à leur effacement,
le problème cesse d’être individuel pour devenir collectif.

Une responsabilité partagée

Il serait réducteur de pointer uniquement du doigt les jeunes. Car ces images révèlent aussi :

  • une quête de visibilité amplifiée par les réseaux sociaux
  • une recherche d’acceptation sociale
  • une influence croissante des codes numériques

Mais surtout : une société qui tolère, observe… puis condamne après coup.

Notre rédaction a appris que les organisateurs, pourtant habitués à ce type d’événement dans la Plaine du Nord, ont présenté leurs excuses, reconnaissant ne pas avoir mesuré l’impact ni les dérives possibles, Ils ont aussi annulé l’évènement qui devait se tenir également à Marre Rouge. Cet aveu souligne une réalité préoccupante : même les organisateurs semblent dépassés par les dynamiques qu’ils créent.

L’impact durable des réseaux sociaux

Si la fête est éphémère, les images, elles, ne le sont pas.

Les vidéos diffusées :

  • circulent massivement
  • échappent au contrôle des participants
  • peuvent être utilisées hors contexte

Elles deviennent une trace durable, susceptible d’influencer :

  • une trajectoire professionnelle
  • une réputation sociale
  • un avenir personnel

Une question s’impose alors, au-delà de l’émotion : y a-t-il, dans ces images, un futur cadre, un futur décideur… un futur ministre ?

Entre liberté et dérive

FestiColor met en lumière une zone grise où se croisent :

  • liberté d’expression
  • pression sociale
  • recherche d’attention
  • absence de régulation

Entre “feeling”, excitation collective et exposition, la responsabilité individuelle tend à s’effacer dans une dynamique de groupe difficile à contrôler.

Une alerte pour la société

La réaction du Ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes bien que nécessaire ne répond pas à une question essentielle : Comment ces pratiques ont-elles pu devenir acceptables dans certains espaces publics ? Le Ministère à la condition féminine, les organisations de protection de l’enfance et l’Etat Haïtien dans son ensemble pourront-ils mener une campagne de sensibilisation pour faire supprimer ces images sur les réseaux sociaux ?

Le débat dépasse désormais l’événement lui-même. Il interroge :

  • l’encadrement des activités publiques
  • la protection des jeunes
  • l’éducation au consentement
  • et le rôle des adultes dans la transmission des limites

Une ligne qui disparaît

Festi Color n’est plus seulement un événement festif. Il devient un révélateur.

  •  Révélateur d’une jeunesse exposée
  •  Révélateur d’adultes parfois défaillants
  •  Révélateur d’une société en perte de repères

Le danger ne réside pas uniquement dans les actes, mais dans leur banalisation. Car lorsqu’une société ne parvient plus à distinguer :

  • la liberté de l’exposition
  • le jeu de l’intrusion
  • le consentement de la pression

Elle ne protège plus ses jeunes. Elle les laisse seuls face à leurs propres limites — et à leurs conséquences.

Brigitte Benshow

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Tags: caphaitienFestiColorjeune
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