All lives matter : « parlons pour les oubliés de la République »
Dans une société digne de ce nom, la valeur d’une vie et de la dignité humaine ne se mesure ni à sa force productive ni à sa capacité à peser dans les rapports de pouvoir. Elle devrait être reconnue dans sa dignité intrinsèque, du premier souffle jusqu’au dernier. Pourtant, dans l’Haïti d’aujourd’hui, cette évidence morale semble s’effriter dangereusement. Une faussée s’est creusée et elle porte un nom : l’inégalité sociale. Elle est le résultat d’une injustice sociale jamais abordée dans un plan de société ou l’équité serait la donne. Fort de ces constats, entre les ligne du journal Le Quotidien 509, il s’avère plus que nécessaire de pousser un cri retentissant au nom des plus vulnérables membre de cette population acculée.
Si les crises successives politiques, économiques, sécuritaires frappent l’ensemble de la population, certaines catégories en subissent les conséquences dans un silence presque absolu. Parmi elles, les personnes âgées, les personnes à mobilité réduites et les orphelins. Vivre tout comme vieillir ressemble trop souvent à une lente disparition sociale. Une agonie ou certain pris pour un pain, une consultation chef un médecin, une chaise roulante, tandis que d’autres songent à se payer la dernière version de la Toyota Prado édition limité, blindée, qui pis est au frais de l’Etat.
Une génération laissée pour compte
Touchons le vif de la problématique soulevée. Les personnes âgées et celles a mobilité réduite représentent pourtant une véritable réserve de mémoire et de savoir. Elles portent en elles l’histoire vivante de la nation : les luttes, les espoirs, les erreurs et les leçons accumulées au fil des décennies. Dans bien des sociétés, elles constituent un pilier moral et culturel, un repère pour les générations plus jeunes, pour l’avenir
Mais en Haïti, cette richesse humaine est largement ignorée. À quelques rares exceptions près certains anciens dirigeants politiques ou hommes d’affaires influents, la majorité des personnes âgées vivent dans une précarité extrême. Il n’existe pratiquement aucune politique publique structurée pour garantir leur dignité. Pas de système universel de retraite. Pas d’assurance vieillesse accessible. Pas d’allocations régulières. Pas de protection sociale adaptée. Autrement dit : rien. Vieillir en Haïti signifie souvent dépendre entièrement de la solidarité familiale, elle-même fragilisée par la pauvreté, l’exode et l’insécurité.
Une injustice silencieuse
Dans un pays où les crises se succèdent et où l’attention publique se concentre sur l’urgence quotidienne, la situation des personnes âgées et les handicapées reste largement invisible. Pourtant, elle révèle l’un des visages les plus troublants de notre désorganisation collective. Que devient un professeur après quarante ans de service ? Un paysan qui a nourri des générations ? Un artisan qui a façonné l’économie locale ? La réponse est trop souvent la même : l’oubli. Et cet oubli n’est pas seulement économique. Il est aussi symbolique. Une société qui néglige ses anciens rompt le fil de sa propre continuité. Elle se prive volontairement de l’expérience accumulée et condamne ses jeunes générations à avancer sans mémoire.
Une question de civilisation
La manière dont une nation traite ses personnes âgées constitue un baromètre moral de sa civilisation. Dans de nombreux pays, les politiques publiques reconnaissent explicitement cette responsabilité : systèmes de retraite, couverture santé, programmes d’accompagnement, participation des seniors à la vie sociale et institutionnelle. En Haïti, cette réflexion reste encore largement absente des priorités nationales. Pourtant, il ne s’agit pas seulement d’une question budgétaire. C’est d’abord une question de vision sociale. Reconnaître la dignité des personnes âgées, c’est reconnaître que toute vie compte, quel que soit l’âge, la condition sociale ou la capacité productive.
Repenser notre responsabilité collective
Le défi est immense, mais il ne peut plus être ignoré. Il devient urgent d’ouvrir un véritable débat national sur la situation des personnes âgées, la place des personnes handicapées et sur la prise en charge des orphelins, dans la société haïtienne : création de mécanismes de protection sociale minimale, mise en place d’une assurance vieillesse accessible, programmes de santé adaptés, valorisation du rôle des anciens dans l’éducation civique et la transmission culturelle. Ces mesures ne relèvent pas de la charité. Elles relèvent de la justice. Car derrière chaque personne âgée abandonnée se cache une vie entière consacrée à bâtir ce pays parfois dans l’ombre, souvent dans la difficulté.
Nous devons nous rappeler d’une chose essentielle : ceux que nous appelons aujourd’hui « les vieux » sont ceux qui, hier, étaient les jeunes qui ont construit nos routes, cultivé nos terres, enseigné dans nos écoles et porté nos institutions. Les abandonner aujourd’hui revient à nier une part de notre propre histoire. Si nous voulons reconstruire Haïti, cela ne pourra se faire qu’en réaffirmant un principe simple mais fondamental : la dignité humaine ne connaît pas d’âge. Et dans une société véritablement juste, toute vie compte.
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