Le gouvernement américain a exposé, mardi 10 février 2026, sa nouvelle stratégie pour Haïti lors d’une audition devant le Sénat des États-Unis. Devant la commission des crédits, Henry T. Wooster, chargé d’affaires à l’ambassade américaine à Port-au-Prince, a dressé un tableau alarmant de la situation sécuritaire, politique et économique du pays.
Intitulée « Haiti 2026: Security and Foreign Assistance Priorities », cette audition confirme que Washington fait de la stabilité d’Haïti une priorité stratégique, notamment pour prévenir un effondrement institutionnel et une vague migratoire vers les États-Unis.
Selon les autorités américaines, environ 12 000 membres de gangs opèrent actuellement en Haïti, dont près de 3 000 lourdement armés et expérimentés. Ces groupes, notamment Viv Ansanm et Gran Grif, classés comme organisations terroristes, contrôlent une grande partie du territoire et influencent l’opinion publique par la violence et la désinformation.
Face à eux, la Police nationale d’Haïti (PNH) dispose d’environ 6 000 agents, mais seuls 200 à 400 seraient réellement engagés sur le terrain.
Washington estime que ces groupes constituent une menace directe pour la survie de l’État haïtien.
Pour la première fois depuis 2021, les forces de sécurité haïtiennes auraient repris l’initiative face aux gangs. Cette évolution est attribuée à la coordination entre la PNH, les Forces armées d’Haïti (FAd’H), une force internationale et un contractant militaire privé soutenu par les États-Unis.
L’introduction d’équipements aériens et d’armes avancées a permis de modifier le rapport de force. Toutefois, les autorités américaines préviennent que ces avancées restent fragiles sans une présence durable sur le terrain.
Sur le plan institutionnel, Washington rappelle qu’Haïti n’a pas organisé d’élections depuis près de dix ans, et que le pays vit sous des autorités de transition depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.
Le Conseil présidentiel de transition, dont le mandat a pris fin début février 2026, a adopté un décret prévoyant des élections cette année. Les États-Unis estiment qu’un gouvernement élu est indispensable pour restaurer la légitimité et la stabilité.
Le témoignage met également en lumière l’effondrement économique du pays : sept années consécutives de récession, plus de 1,4 million de déplacés, 34 % des enfants contraints au travail, chute de 65 % des emplois dans le secteur textile depuis 2021.
Selon Washington, la pauvreté pousse de nombreux jeunes vers les gangs, perçus comme une source de revenus. La reconduction du programme HOPE/HELP est présentée comme un levier majeur pour soutenir l’emploi formel.
Les États-Unis annoncent le déploiement imminent d’une nouvelle force internationale, autorisée par la résolution 2793 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Cette force, composée de 5 500 militaires et policiers issus de 15 pays, doit être déployée à partir d’avril 2026, avec des opérations prévues dès le mois de mai.
Sa mission sera de neutraliser les gangs, sécuriser les infrastructures stratégiques et renforcer les capacités des forces haïtiennes.
Washington affirme investir massivement dans la formation des forces locales. Le programme P-4000 prévoit le recrutement de 4 000 nouveaux policiers en 16 mois. Près de 900 cadets ont déjà été formés en janvier 2026.
Parallèlement, un soutien non létal est accordé aux Forces armées d’Haïti pour renforcer leurs capacités en ingénierie, logistique et gestion des catastrophes.
Les États-Unis assument clairement leurs priorités : empêcher un effondrement d’Haïti susceptible de provoquer une crise migratoire et sécuritaire dans la région.
Washington insiste sur la nécessité d’impliquer le secteur privé, les ONG et les partenaires régionaux pour créer des emplois et relancer l’économie.
Si les autorités américaines se montrent prudentes, elles affirment que des progrès sont possibles. Toutefois, elles reconnaissent que sans élections crédibles, sans institutions solides et sans amélioration durable des conditions de vie, les avancées sécuritaires resteront temporaires.
L’avenir d’Haïti, selon Washington, dépendra désormais de sa capacité à transformer l’aide internationale en véritable souveraineté institutionnelle.
La rédaction
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