Dans cette cacophonie politique, la chanson « K + K = 2K » de Boukman Eksperyans résonne comme une équation prophétique.
Février est ce mois ambigu où Haïti se raconte mieux à travers ses masques que ses institutions menées par la balade des gens heureux, qui festoient au détriment d’un peuple privé de toute recréations. Jadis mois de carnaval, de transgression joyeuse, de satire assumée, février autorisait tout : la danse, la dérision, l’excès. Mais pendant que les tambours devaient appeler à la transe collective, la politique, elle, poursuit son propre carnaval, sans musique, sans élégance, mais avec une constance remarquable dans le ridicule. À l’approche du 7 février, date symbolique entre toutes, le pays oscille encore entre promesses solennelles et farce institutionnelle. Et comme souvent, le peuple regarde, amusé, fatigué, désabusé, si bien que l’équation de Boukman Experience trouve pleinement son équilibre : k+k = 2k. voyons ensemble pour cette sortie de lyrics a quoi doit-on s’en référer.
À l’approche du 7 février : la politique en costume de carnaval
À mesure que le 7 février s’approche, la crise politique haïtienne change de masque mais jamais de visage. Le Conseil présidentiel de transition, né dans l’urgence et nourri à l’improvisation, devait restaurer l’ordre, tracer un chemin clair vers des élections, et refermer la parenthèse du provisoire. Nous voilà pourtant face à une scène bien connue : décisions votées mais non publiées, chefs contestés mais maintenus, autorités en désaccord permanent sur leur propre légitimité.
Le pays est suspendu à une date, comme on attend la fin d’un défilé trop long. Mais au lieu d’un final spectaculaire, on assiste à un enchevêtrement de calculs, de blocages, de silences stratégiques. Le pouvoir ne s’exerce plus, il se mime. Il ne gouverne pas, il négocie sa survie.
Présidence et Primature : l’inscription comme à la cantine publique
Dans ce contexte, évoquer les démarches d’inscription pour les postes de président et de Premier ministre relève presque de l’humour noir.
S’inscrire pour être président d’Haïti aujourd’hui, c’est déposer son nom dans un système sans calendrier électoral clair, sans terrain politique sécurisé, sans peuple mobilisé autour d’un projet. C’est postuler à un rôle dont le décor n’est pas encore construit, et dont le scénario change chaque semaine.
Quant au poste de Premier ministre, il ressemble davantage à une chaise musicale qu’à une fonction d’État. On vote des révocations sans publication officielle, on maintient des chefs sans consensus, on gouverne dans un flou juridique qui ferait passer l’absurde pour une méthode. L’inscription devient alors une tentative désespérée, ou certains espère se renouveler au pouvoir bien trop juteux pour s’en séparer.
Boukman Eksperyans et l’équation du chaos : K + K = 2K
Dans cette cacophonie politique, la chanson « K + K = 2K » de Boukman Eksperyans résonne comme une équation prophétique.
Boukman, fidèle à la tradition Rasin, ne chante jamais pour distraire. Il interroge, il provoque, il dérange. Ici, l’équation est simple, presque enfantine, mais son sens est redoutable : additionner deux médiocrités ne produit jamais une solution. Cela multiplie seulement le problème :
K devient symbole.
K comme karaktè politique creux.
K comme pouvoir sans vision.
K comme autorité sans peuple.
Alors K + K = 2K, c’est la démonstration musicale de notre impasse collective : quand deux forces vides s’additionnent, elles ne créent pas une alternative, elles doublent le vide. Deux discours sans projet, deux pouvoirs sans légitimité, deux ambitions sans pays.
Boukman nous rappelle que la politique haïtienne ne souffre pas d’un manque de leaders, mais d’un excès de figures sans substance. Et que tant que l’équation ne change pas, le résultat restera le même.
Le carnaval continue
Pendant que le peuple souffre, la classe politique se déguise. Pendant que février devrait célébrer la vie, l’État improvise sa survie. Le carnaval, au moins, assume encore sa satire. La politique, elle, se prend au sérieux tout en répétant les mêmes erreurs.
À l’approche du 7 février, Haïti n’attend pas un miracle. Elle attend une rupture. Une équation nouvelle. Un moment où K + K cessera de faire 2K, et où le pouvoir cessera enfin d’être une farce permanente.
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