Port-au-Prince, le 22 janvier 2026 – Dans une déclaration sans détour publiée ce jeudi sur X, le Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État américain sur X a franchi un cap symbolique fort dans le discours officiel envers la classe politique haïtienne.
Le message, direct et cinglant, rejette toute explication culturelle, constitutionnelle ou « caractère haïtien » pour expliquer l’instabilité chronique du pays. Il pointe du doigt une responsabilité claire et assumée :
« L’instabilité chronique en Haïti n’est due à aucun défaut du caractère haïtien, de la culture haïtienne ou de la constitution haïtienne. C’est le choix de politiciens haïtiens corrompus qui utilisent les gangs et d’autres groupes armés pour créer le chaos dans les rues, puis exigent un rôle dans le gouvernement afin d’éteindre le chaos qu’ils ont eux-mêmes créé. »
La suite est encore plus brutale : les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) qui ont adopté cette stratégie ne sont pas des patriotes haïtiens. Ce sont, selon les mots du Département d’État, « des criminels comme les gangs avec lesquels ils conspirent ».
Ce communiqué intervient à moins de trois semaines de l’expiration officielle du mandat du CPT, fixé au 7 février 2026. Depuis sa création en avril 2024, cette instance de neuf membres – censée organiser des élections et stabiliser le pays – a accumulé les scandales :
- Accusations de corruption : dès octobre 2024, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a recommandé des poursuites contre trois conseillers (Emmanuel Vertilaire, Louis Gérald Gilles et Smith Augustin) pour tentative de corruption passive à hauteur d’environ 100 millions de gourdes (~750 000 USD) auprès de la Banque Nationale de Crédit.
- Infightings permanents : tentative récente (janvier 2026) de destituer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, malgré les mises en garde explicites des États-Unis.
- Soupçons de collusion avec les gangs : plusieurs observateurs et rapports onusiens pointent des liens entre certains secteurs politiques et les coalitions armées (Viv Ansanm, Gran Grif, etc.), qui contrôlent aujourd’hui environ 90 % de la capitale.
Washington ne se contente plus de constats diplomatiques polis. En qualifiant nommément une partie du CPT de « criminels », le message semble préparer le terrain pour des mesures plus dures : sanctions élargies, gel d’actifs, restrictions de visas, voire poursuites judiciaires contre ceux qui, selon les termes du communiqué, « favorisent les gangs ».
Pendant ce temps, la violence continue de s’intensifier. L’ONU signale un besoin urgent de renforts pour la Gang Suppression Force (GSF), tandis que les élections – promises puis reportées depuis plus de quatre ans – semblent plus éloignées que jamais.
Le Département d’État américain vient de poser un ultimatum moral et politique sans ambiguïté : la légitimité ne viendra plus du chaos fabriqué, mais uniquement du vote populaire. Reste à savoir si, à Port-au-Prince, quelqu’un est encore prêt à entendre – et surtout à appliquer – ce message.
La rédaction
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