Chaque année, le 20 novembre devrait être un rappel de nos engagements les plus sacrés : protéger les enfants, leur garantir une vie digne, assurer leur avenir. Mais en Haïti, cette Journée mondiale de l’enfance n’a plus rien d’une célébration. Elle sonne plutôt comme un constat accablant, un rappel violent de l’échec collectif d’un pays incapable d’offrir le minimum vital à ceux qui devraient être sa priorité absolue.
Car ici, les droits de l’enfant ne sont pas seulement violés : ils semblent avoir été rayés de la réalité.
Dans les rues de Port-au-Prince, Carrefour, Delmas ou Pétion-Ville, le décor parle de lui-même. On n’y voit pas des enfants en uniforme se rendant à l’école, mais des petits corps courbés sous des paniers trop lourds, des mains minuscules qui lavent des parebrises, des regards déjà usés avant même d’avoir connu l’enfance. Certains n’ont que huit ou neuf ans et pourtant, ils travaillent comme si le monde entier reposait déjà sur leurs épaules. D’autres dorment à même le trottoir, sans protection, sans encadrement, sans personne pour leur rappeler qu’ils ont droit à une enfance.
Et puis il y a l’indicible : ces adolescents de 13, 14 ou 15 ans que les gangs récupèrent comme sentinelles, coursiers, informateurs… ou soldats. Leur enfance leur est volée, remplacée par une violence qu’ils n’ont pas choisie. Pendant que le monde discute éducation, protection et santé, Haïti peine à garantir un repas, un toit, ou simplement un quartier où marcher sans avoir peur d’un tir perdu.
Que reste-t-il des promesses de la Convention relative aux droits de l’enfant, pourtant ratifiée ? Rien d’autre qu’un texte poussiéreux, totalement étranger à la vie des petits Haïtiens. Comment parler de droit à l’éducation quand les écoles ferment sous la menace des armes ? Comment parler de droit à la santé quand des hôpitaux entiers deviennent inaccessibles ? Comment parler de droit à la protection quand des enfants disparaissent dans des réseaux criminels en plein jour, sans que personne n’ait les moyens de les sauver ?
En Haïti, la Journée mondiale de l’enfance n’est pas un moment d’engagement. Elle est un miroir cruel. Elle renvoie l’image d’un pays où les enfants ne vivent pas, mais survivent ; où ils grandissent trop vite parce qu’ils doivent se battre trop tôt ; où l’avenir semble s’effriter avant même d’avoir commencé.
Tant que la protection des enfants ne sera pas une priorité nationale, Haïti condamnera une génération après l’autre à répéter un cycle de pauvreté, de violence et de désespoir. Et il faut le dire sans détour : un pays qui ne protège pas ses enfants renonce à son propre futur.
Aujourd’hui, plus que jamais, Haïti doit regarder cette vérité en face. Pas pour célébrer, mais pour agir. Parce qu’aucune nation ne peut se permettre de perdre ses enfants et Haïti en perd déjà beaucoup trop.
Jameson Joseph
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