« La fin de la transition politique annoncée ne devrait pas être une simple alternance de dirigeants, mais l’occasion d’un nouveau contrat social. »
Un préambule constitutionnel n’est pas seulement une formule de style. Il est ancré dans le présent, fixe les objectifs pour l’avenir et oriente la marche d’un peuple vers un horizon concret et prometteur. Ce texte devrait être une boussole collective, non un décor. Pourtant, en Haïti, l’histoire de nos préambules révèle une succession de façades plus que de véritables engagements.
La Constitution de 1983 en fournit un exemple très explicite. A l’époque, le régime de Jean-Claude Duvalier cherchait à donner une apparence démocratique à une dictature bien installée. Le préambule proclamait l’attachement à des principes universels : dignité, droits fondamentaux, démocratie. Mais chacun savait que ces mots n’étaient qu’une couverture destinée à masquer la réalité, un trompe-l’œil inscrit dans la dynamique démocratique Carteriste des années 80.
En 1987, après la chute des Duvalier, l’Assemblée constituante convoquée pour traduire la volonté populaire de changement adopta une nouvelle Constitution. Le moment aurait pu marquer une rupture décisive. Pourtant, le préambule de 1987 reprit presque mot pour mot celui de 1983. Les mêmes promesses, répétées, sans mécanismes pour en assurer l’application : ce ne fut que du mimétisme. La démocratie fut inscrite dans le texte, mais elle ne s’enracina pas dans la pratique. La justice sociale fut affirmée, mais elle ne se concrétisa pas dans les institutions.
En 2011, lors de l’amendement constitutionnel – forgé et raté – un nouvel élément fut ajouté : la notion d’equité de genre. Sur le papier, il s’agissait d’une avancée majeure, inscrivant la discrimination positive comme l’égalité entre hommes et femmes dans le socle de la Constitution. Mais plus d’une décennie plus tard, force est de constater que cette promesse est restée lettre morte.
Généralement, les préambules des constitutions haïtiennes ont multiplié les déclarations solennelles sans que celles-ci soient suivies d’effets. Cette répétition interroge : faut-il inscrire dans un preambule des engagements que l’on sait irréalisés, voire irréalisables ? Ne vaut-il pas mieux dire peu, mais dire vrai, et mettre en place des mécanismes concrets pour garantir leur mise en œuvre ?
L’année 2026 doit marquer un moment charnière. La fin de la transition politique annoncée ne devrait pas être une simple alternance de dirigeants, mais l’occasion d’un nouveau contrat social. Si l’on choisit d’écrire un préambule à cette étape, il doit être un préambule de vérité. Un texte qui ne masque rien, qui reconnaît nos blessures collectives, mais qui fixe clairement des objectifs réalistes et mesurables. Voilà ce que pourrait être un preambule de vérité pour une nouvelle Haïti.
Aujourd’hui encore, on parle d’une nouvelle Constitution. Mais la vraie question n’est pas de rédiger un texte plus beau que les précédents. Elle est de savoir si nous sommes prêts à écrire un preambule qui engage réellement l’Etat et la société à respecter ce qu’il proclame. Si un préambule devait être rédigé en 2025-2026, il devrait refléter des valeurs essentielles, à la fois réalistes et mobilisatrices : la dignité humaine, la justice sociale, l’égalité effective entre les citoyens, la démocratie enracinée dans des institutions solides. Non plus une façade qui cache nos contradictions, mais une promesse tenue, qui oriente concrètement l’avenir d’Haïti.
Notre secteur privé saura-t-il faire peau neuve et prouver qu’il méritait d’être mis en avant de la scène ? Il n’est que d’attendre et être positif ?
Le 15 septembre 2025
Chantal Volcy Ceant
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