Port-au-Prince, 12 août 2025 – À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, le gouvernement haïtien a tenu à saluer « une jeunesse courageuse, porteuse d’espoir et moteur des Objectifs de développement durable ». Dans un message officiel largement diffusé sur les réseaux sociaux, l’exécutif a promis : « Ensemble, unis, bâtissons une Haïti libre, juste et durable. »
Pourtant, la réalité, chiffres à l’appui, raconte une toute autre histoire.
Une jeunesse nombreuse mais absente des sphères de pouvoir
Selon les données 2024 de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), Haïti compte près de 11,87 millions d’habitants, dont 31,5 % ont moins de 15 ans. Plus largement, 57 % de la population a moins de 24 ans, faisant du pays l’une des nations les plus jeunes du continent.
Malgré cette jeunesse massive, elle est quasi absente des lieux de décision. Dans la fonction publique, dans le Budget 2024-2025:
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72 % des agents sont des hommes, contre seulement 28 % de femmes ;
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sur 105 604 employés, à peine un quart ont entre 20 et 39 ans.
Autrement dit, les trois quarts des agents publics ont plus de 40 ans, révélant un gouffre générationnel qui éloigne la jeunesse des postes clés.
Des hommages de façade face à une double absence politique
Le coordonnateur de la Transition a rendu un hommage appuyé à la jeunesse :
« En ce 12 août, Journée internationale de la jeunesse, je rends hommage à la jeunesse haïtienne. Vous êtes les bâtisseurs, les innovateurs, les piliers de l’avenir meilleur que notre peuple mérite.
J’en appelle aux institutions publiques et privées : ouvrez vos portes, créez de véritables opportunités pour nos jeunes. Formations, stages, mentorat, accompagnement ciblé… Offrons à notre jeunesse les moyens de réaliser pleinement son potentiel, de servir son pays et de construire sa vie, ici même en Haïti. »
Cependant, ce même jour, il a préféré consacrer son temps à une visite à l’ex-président Jocelerme Privert, plutôt que de participer aux initiatives dédiées à la jeunesse.
Dans un silence tout aussi parlant, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé était également absent des manifestations en l’honneur des jeunes.
Cette double absence illustre tristement la place réelle accordée à la jeunesse dans la gouvernance, loin des discours officiels et des belles promesses.
Un gouvernement de « sexagénaires » face aux attentes des jeunes
Le journaliste Yvenert Joseph, sur X (ex-Twitter), n’a pas caché son amertume :
« Oui. C’est vrai. On n’a qu’à prendre en exemple les ministres de l’Intérieur et de la Culture. Ce gouvernement de sexagénaires est la preuve de votre foi en la capacité de transformer des jeunes. En RD, Longchamp amène cette énergie de développement. Bravo ! »
Le ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé aura le 17 Août prochain 80 ans. Ce constat amer fait écho à une frustration largement partagée : la jeunesse est souvent glorifiée dans les discours mais rarement intégrée dans les décisions ou les responsabilités concrètes.
Une réalité alarmante sur le terrain
La situation des jeunes est d’autant plus préoccupante que les chiffres sont glaçants :
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Plus d’un million de personnes déplacées en Haïti début 2025, dont plus de la moitié sont des enfants, soit environ un enfant sur huit dans le pays (UNICEF).
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Une augmentation de 70 % du recrutement d’enfants dans les gangs entre 2023 et 2024, avec jusqu’à 50 % des membres des gangs mineurs selon plusieurs rapports onusiens.
Une lueur avec le Programme d’Initiation des Jeunes à l’Emploi
Il est important de noter que le Ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Fils Metellus, a officiellement lancé le Programme d’Initiation des Jeunes à l’Emploi (PIJE) à l’occasion de cette journée. Ce programme propose des stages rémunérés de courte durée, financés par l’État, pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Le PIJE a été réactivé suite à la circulaire n°008 du 28 mars 2025 émise par le Premier ministre Fils-Aimé a rappelé le Miinistre Metellus. Ce programme intervient dans un contexte marqué par l’émigration des cadres expérimentés et la fuite des cerveaux.
Et demain ?
La marginalisation persistante de la jeunesse dans la gouvernance et l’administration publique fait peser un risque social considérable. À force de ne pas investir dans ses jeunes, Haïti risque de voir ce formidable potentiel démographique se transformer en bombe sociale à retardement.
Par ailleurs, des milliers de jeunes ont déjà quitté le pays via des programmes d’immigration vers le Chili, le Brésil, les États-Unis ou le Canada, …, privant Haïti de son capital humain le plus précieux.
Les jeunes restent l’espoir et le flambeau. Mais il est temps d’affronter la vérité sans hypocrisie. Les mots d’encouragement ne suffisent plus : il faut passer aux actes.
La rédaction
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