Dans les locaux de l’hôtel Montana, dans la salle Horizon, de 15 h 15 à 17 h 45, les soixante-dix ans de relations entre Haïti et Taïwan ont été ravivés par la cérémonie de remise de certificats de bourse.
Cette coopération ne se résume pas aux cérémonies diplomatiques et aux déclarations d’amitié. Elle se mesure aussi à travers les initiatives qui touchent directement les populations. La remise de 44 bourses d’études à de jeunes Haïtiens, organisée dans le cadre du programme MOFA, en constitue une illustration.
Le Premier ministre, SEM Didier Alix Fils-Aimé, était représenté par Me Axène Joseph. De l’autre côté, la délégation taïwanaise était ponctuée par la présence de son ambassadeur, SEM Cheng-hao Hu, ainsi que des bénéficiaires. Derrière le protocole, les photographies et les discours officiels, l’événement a surtout mis en lumière une question essentielle pour l’avenir d’Haïti : celle de l’investissement dans sa jeunesse et dans son capital humain.
44 bourses, 44 opportunités
Derrière le chiffre 44 se trouvent autant de parcours, de projets professionnels et d’ambitions, mais aussi 44 possibilités supplémentaires pour Haïti de renforcer les compétences dont elle a besoin. Dans un pays où l’accès à une formation de qualité demeure difficile pour une grande partie de la jeunesse, une bourse d’études peut représenter un véritable tournant. Elle ouvre l’accès à une formation, permet d’acquérir une expertise et peut donner à de jeunes Haïtiens les moyens de construire un avenir professionnel plus solide.
L’enjeu dépasse la réussite individuelle.
Une politique de formation prend toute sa portée lorsque les connaissances acquises peuvent être transformées en compétences utiles à la collectivité. Haïti a besoin d’ingénieurs, d’agronomes, de médecins, d’enseignants, de techniciens, de chercheurs, d’entrepreneurs et de cadres capables de participer à la transformation du pays. Les infrastructures et les financements sont indispensables, mais aucune transformation durable ne peut se faire sans femmes et hommes suffisamment formés pour la porter.
Quand la coopération devient concrète
Les relations entre Haïti et Taïwan, établies depuis 1956, se sont développées autour de différentes formes de coopération. L’agriculture, les infrastructures, l’énergie et la formation comptent notamment parmi les domaines dans lesquels cette coopération s’est exprimée. La remise de ces 44 bourses donne ainsi un visage humain à une relation diplomatique qui peut parfois sembler éloignée des préoccupations quotidiennes de la population.
Le choix de la jeunesse est d’autant plus significatif que les possibilités de formation et d’insertion professionnelle restent limitées pour de nombreux jeunes Haïtiens. Investir dans leurs compétences revient donc à renforcer la capacité du pays à affronter ses propres défis. Encore faut-il que ces compétences puissent, demain, être mises au service d’Haïti.
Le véritable défi commence après la bourse
La remise des bourses constitue une étape importante, mais elle ne représente que le début du parcours. Le véritable impact de cette initiative se mesurera dans les années à venir, à travers le parcours des bénéficiaires et leur capacité à mettre leurs connaissances au service de la société.
Cette question est particulièrement importante dans un pays confronté au départ massif de ses jeunes vers l’étranger à la recherche de meilleures possibilités d’études et d’emploi. Former une nouvelle génération de professionnels représente donc un investissement considérable. Mais cet investissement ne pourra produire tous ses effets que si Haïti parvient à créer les conditions nécessaires pour valoriser ces compétences. La bourse ouvre une porte. Elle ne construit pas, à elle seule, le chemin du retour.
70 ans derrière, 70 ans devant
La célébration des 70 ans de relations entre Haïti et Taïwan offre enfin l’occasion de regarder vers l’avenir. Les 44 bénéficiaires d’aujourd’hui peuvent devenir demain des enseignants, des ingénieurs, des entrepreneurs, des chercheurs, des cadres de l’administration publique ou encore des acteurs capables de renforcer les liens entre les deux pays. Etzer Émile, présent à la cérémonie en tant que président de l’Association des anciens étudiants de Taïwan, en est l’exemple parfait.
La coopération prend alors une dimension générationnelle. Ce qui est investi aujourd’hui dans la formation de jeunes Haïtiens peut contribuer demain à façonner les institutions, les entreprises et les communautés dans lesquelles ils évolueront. Pour Haïti, le défi sera donc de tirer le meilleur parti de cet investissement.
Une bourse est une opportunité individuelle, mais elle peut devenir un investissement collectif. Chaque compétence acquise peut, si elle est correctement valorisée, contribuer à répondre à certains des défis auxquels le pays est confronté.
À l’occasion de ces 70 années d’amitié entre Haïti et Taïwan, 44 jeunes Haïtiens bénéficient aujourd’hui d’une opportunité de formation. L’enjeu est désormais de transformer ces 44 parcours en autant de forces capables de participer au développement du pays. Car l’amitié entre deux peuples ne se mesure pas seulement au nombre d’années écoulées. Elle se mesure aussi à ce qu’elle permet de construire pour les générations à venir.
Marc Arthur Paul
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