Port-au-Prince, 10 août 2026 — Une enquête interne secoue la représentation diplomatique colombienne en Haïti. Le ministère colombien des Affaires étrangères, la Cancillería, examine des soupçons d’irrégularités financières portant sur environ 500 000 dollars américains au sein de l’ambassade de Colombie à Port-au-Prince.
Au cœur du dossier se trouve l’ambassadrice Vilma Rocío Velásquez Uribe, dont la gestion financière de la mission diplomatique fait l’objet de vérifications. L’existence de l’enquête a été reconnue par la chancelière colombienne sortante, Rosa Villavicencio, selon des informations rapportées par Caracol Radio et La Silla Vacía.
Des mouvements financiers passés au crible
Selon les éléments rapportés par les médias colombiens, les enquêteurs s’intéressent notamment à des virements dépourvus de justificatifs, à des dépenses jugées excessives ou insuffisamment documentées, ainsi qu’à une opération particulièrement sensible : un chèque provenant du compte de fonctionnement de l’ambassade et transféré vers le compte personnel de l’ambassadrice.
Ces éléments ne constituent toutefois pas, à ce stade, une conclusion de détournement ou de mauvaise gestion. L’enquête doit précisément permettre de déterminer la nature et la régularité des opérations concernées.
« 500 000 dollars ne sont jamais entrés ici »
Vilma Velásquez rejette fermement les accusations. Interrogée par Caracol Radio, elle affirme qu’aucune somme de 500 000 dollars n’est entrée dans les comptes de la mission diplomatique.
« Ici, 500 000 dollars ne sont jamais entrés. Je suis la gestionnaire des dépenses et tout est documenté », a-t-elle déclaré.
L’ambassadrice affirme également être victime d’une « persécution » au sein du ministère colombien des Affaires étrangères. Elle met en avant les difficultés administratives auxquelles serait confrontée la mission en Haïti, notamment le manque de personnel.
Velásquez soutient par ailleurs avoir engagé plus de 20 000 dollars de ses propres fonds pour financer des équipements et certains programmes de coopération.
« Quand il manque quelque chose et que ce n’est pas au budget, je le paie avec mon argent », aurait-elle expliqué.
Une diplomate déjà confrontée à une procédure disciplinaire
Cette nouvelle controverse intervient alors que Vilma Velásquez avait déjà été sanctionnée provisoirement quelques mois plus tôt.
En mai 2026, la Procuraduría colombienne l’avait suspendue provisoirement dans le cadre d’une procédure portant sur une participation politique présumée interdite. Lors d’une interview accordée à la chaîne haïtienne Radio Télévision Métropole, la diplomate avait notamment qualifié Iván Cepeda, candidat du Pacto Histórico, de « candidat magnifique ».
Ces déclarations avaient provoqué l’ouverture d’une procédure disciplinaire et son éloignement temporaire de ses fonctions pendant la période électorale.
Un parcours atypique au sein de la diplomatie colombienne
Le parcours de Vilma Velásquez tranche avec celui des diplomates de carrière traditionnels. Issue du mouvement social, formée aux beaux-arts en Suède et engagée depuis plusieurs années dans la défense des droits humains, elle avait d’abord été nommée consule avant d’accéder au poste d’ambassadrice de Colombie en Haïti.
Sa nomination s’inscrivait dans le contexte de la réouverture de la mission diplomatique colombienne en Haïti sous le gouvernement du président Gustavo Petro.
Son profil, davantage marqué par l’activisme social, la culture et les droits humains que par une carrière diplomatique classique, avait déjà suscité des débats.
Une enquête sans conclusion définitive
Pour l’heure, aucune conclusion définitive de culpabilité n’a été rendue. Les documents et opérations financières concernés continuent d’être examinés par les autorités colombiennes. L’ambassadrice, par l’intermédiaire de son représentant légal, a été informée de la procédure.
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