Port-au-Prince – Entre la célébration de la fête nationale française et la demi-finale de la Coupe du monde opposant la France à l’Espagne, l’Ambassade de France a accueilli, le Mardi 14 juillet, une réception à forte portée diplomatique et symbolique.
Pour son dernier 14-Juillet en Haïti, l’ambassadeur de France a prononcé un discours empreint d’émotion, saluant la résilience du peuple haïtien, le parcours historique des Grenadiers, tout en lançant un appel aux dirigeants haïtiens à bâtir un État de droit fort.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, de plusieurs membres du gouvernement, des ambassadeurs de l’Union européenne, d’Espagne et de la République de Chine (Taïwan), du représentant adjoint du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), de représentants des organisations internationales, des agences de coopération, du secteur privé, de la société civile ainsi que de nombreuses personnalités du monde culturel et de la presse Haïtienne.
Parmi elles figurait Dany Laferrière, membre de l’Académie française, invité d’honneur de cette célébration. L’écrivain franco-haïtien, appelé à lire un poème au cours de la soirée, a reçu un hommage appuyé de l’ambassadeur dès l’ouverture de son allocution.
« Cher Dany, vous faites rayonner Haïti, la langue française et la francophonie dans le monde entier. Votre œuvre incarne le lien culturel entre la France et Haïti. Merci de nous faire l’amitié de votre présence. Merci d’avoir accepté de lire un poème dans quelques instants. Je ne peux imaginer de plus belle manière de célébrer l’amitié entre nos deux peuples. »
Un discours d’adieu
Très vite, le chef de la diplomatie française en Haïti a donné le ton de cette cérémonie.
« Parce que ce sera mon dernier 14 juillet parmi vous en tant qu’ambassadeur de France en Haïti. »
Plutôt que de dresser un bilan institutionnel, il a choisi d’évoquer les femmes et les hommes rencontrés au cours de ses deux années de mission.
« Je garderai des visages. Je garderai des rencontres. Je garderai des paysages sublimes. Je garderai surtout des regards : ceux des enfants dans les écoles, des policiers sur le front, des paysans, des entrepreneurs, des artistes, des enseignants, des soignants, des familles déplacées aussi. »
Puis il ajoute :
« Autant de regards qui disent les difficultés du présent d’Haïti, mais aussi la détermination de tout un peuple à construire un avenir meilleur. »
« Une Haïti blessée, certes, mais debout »
L’ambassadeur a livré une image d’Haïti bien différente de celle qui domine souvent les manchettes internationales.
« J’ai découvert une Haïti bien différente de celle que l’on décrit souvent. Une Haïti blessée, certes. Mais une Haïti debout. Une Haïti qui refuse de céder au fatalisme. Une Haïti qui continue de créer, d’innover, d’entreprendre et d’espérer. »
Avant d’ajouter :
« C’est cette Haïti que je voudrais célébrer ce soir. L’Haïti qui rayonne, qui croit, qui avance et qui écrit l’avenir. »
Le football comme symbole d’unité
Dans une soirée marquée par la demi-finale du Mondial entre la France et l’Espagne, le diplomate a salué les performances des Grenadiers avant d’adresser un clin d’œil aux Bleus.
« Il y a quelques jours, les Grenadiers ont fait vibrer tout le peuple haïtien par leur magnifique parcours en Coupe du monde. Ils ont montré qu’avec du talent, de la discipline et un collectif soudé, aucun défi n’est hors de portée. »
Puis, dans une ambiance détendue :
« Nos Bleus continuent aujourd’hui même de porter haut les couleurs de la France. Nous sommes fiers d’eux et confiants qu’ils iront loin. Désolé chers amis espagnols ! »
Quelques heures plus tard, l’Espagne éliminera la France (2-0), mettant fin au parcours des Bleus.
Pour l’ambassadeur, cette référence au sport allait bien au-delà du résultat.
« Le sport nous rappelle surtout une vérité simple : les plus belles victoires sont toujours des victoires collectives. »
La solidarité internationale, mais d’abord la responsabilité des Haïtiens
L’ambassadeur a réaffirmé l’engagement de la France et de ses partenaires en faveur d’Haïti.
« Le déploiement de la Force de répression des gangs traduit de manière forte la solidarité de la communauté internationale envers Haïti face aux groupes criminels qui ravagent le pays depuis trop longtemps. »
Il a également rendu hommage aux agences des Nations unies, aux organisations humanitaires et aux acteurs du développement.
« La France est fière de soutenir ces organisations et de prendre toute sa part dans cet effort collectif. »
« La communauté internationale peut accompagner. Elle ne remplacera jamais la volonté d’un peuple de choisir son destin. »
Il a lancé un appel aux responsables politiques, aux institutions, au secteur privé et à la société civile.
« J’en appelle à tous. Aux responsables politiques. Aux institutions. Au secteur privé. À la société civile. Car à chacun revient une responsabilité. »
Avant d’énumérer les priorités :
« Faire vivre l’État de droit. Faire respecter les règles communes. Combattre la corruption qui gangrène l’État. Refuser la violence et mettre enfin fin à l’impunité. »
À quelques mois d’importantes échéances politiques, il a également insisté sur le respect des règles démocratiques.
« Accepter le verdict des urnes. La démocratie est précieuse mais elle ne se résume pas aux élections. Elle suppose aussi des institutions fortes, une justice indépendante et la sécurité juridique indispensable aux investisseurs, aux entrepreneurs et à toutes celles et ceux qui créent des emplois. »
« Haïti possède toutes les ressources »
En conclusion, l’ambassadeur a livré un message profondément personnel.
« En arrivant en Haïti il y a deux ans, je savais que cette mission serait exigeante. Je n’imaginais pas à quel point elle serait aussi profondément humaine. J’ai reçu ici bien davantage que je n’ai apporté. »
Avant de conclure avec une conviction forte :
« Haïti possède en elle toutes les ressources pour écrire une nouvelle page de son histoire. »
Puis, une dernière fois devant les autorités haïtiennes, les diplomates et les partenaires internationaux, il a lancé :
« Vive Haïti ! Vive la France ! Vive l’amitié entre la France et Haïti ! »
Pour le diplomate, le sport est aussi une leçon de gouvernance.
Devant un parterre réunissant les plus hautes autorités de l’État, le corps diplomatique et les principaux acteurs de la coopération, l’ambassadeur a rappelé une conviction qui a traversé toute son intervention : l’engagement de la communauté internationale est indispensable, mais l’avenir d’Haïti dépendra avant tout de la volonté des Haïtiens eux-mêmes de construire des institutions solides, de faire respecter l’État de droit et d’écrire collectivement une nouvelle page de leur histoire.
Après la cérémonie officielle, la diplomatie a laissé place à la convivialité. Malgré la défaite des Bleus face à l’Espagne, qui a mis fin au parcours français en Coupe du monde, la réception s’est achevée dans une ambiance festive, portée par les rythmes mêlés de la musique française et haïtienne.
Présente sur place, la rédaction du Quotidien 509 a pu constater que l’ambassadeur de France, entouré de plusieurs diplomates, partenaires internationaux et invités, s’est laissé entraîner par les sonorités du konpa haïtien. Une scène de danse spontanée qui a offert une conclusion chaleureuse à cette soirée, illustrant que, malgré les défis et les enjeux diplomatiques évoqués dans les discours, la culture demeure l’un des plus solides ponts entre la France et Haïti.
La rédaction
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