Le 7 février 1986 marque une cassure. La fin d’un régime, mais surtout l’ouverture d’une attente : celle d’un nouvel ordre social.
Un an plus tard, le 29 mars 1987, le peuple haïtien acclame une nouvelle Constitution, porteuse de l’espoir d’un contrat social refondé. Près de quarante ans plus tard, la question demeure entière : qu’avons-nous fait de cette promesse ?
Entre la cassure de 1986 et la promesse de 1987, un écart s’est installé. La transition annoncée n’a jamais réellement abouti. Au fil des décennies, la Constitution a été invoquée sans être pleinement appliquée, tandis que des accords politiques se sont succédé sans jamais produire l’ordre social attendu.
Ainsi, ni le cadre constitutionnel ni les accords censés le suppléer n’ont permis d’ancrer durablement le contrat social promis au peuple. Cette dérive n’a pas seulement désorganisé les institutions ; elle engage une responsabilité historique envers plusieurs générations.
Celle des années 1980, qui avait cru à la rupture. Celle des années 1990, qui comptait sur une promesse démocratique portée par le suffrage populaire. Celles d’après 2000, confrontées aux frustrations répétées des promesses sans lendemain. Celle de 2010, désireuse de participer à la transformation du pays, mais tenue à distance des lieux de décision. Celles des années 2020, désormais désabusées, qui ont souvent opté pour le désarroi ou la migration.
Aujourd’hui, une jeunesse qui vit entre honte et désespoir, mais qui, en 2025, s’est pourtant accrochée à l’idée que le 7 février 2026 pourrait marquer l’aube après une nuit noire de quarante ans.
À cela s’ajoute la diaspora, appelée à porter le poids des inconséquences locales, entre soutien à distance, exil contraint et fidélité à un pays dont elle ne cesse pourtant d’espérer la refondation.
Et, quoi qu’il advienne, les générations futures hériteront de ces choix différés, de ces renoncements accumulés et d’un contrat social toujours en expectative. À force de repousser le contrat social, c’est la confiance elle-même qui s’érode.
Un pays ne peut indéfiniment survivre entre une Constitution contournée et des accords jamais honorés sans rompre le lien qui unit l’État à son peuple. Dès lors, la question dépasse l’instant et les acteurs du moment. Elle est historique, morale et collective.
Après quarante ans d’attente, de ruptures et de promesses différées, le 7 février peut-il encore être autre chose qu’une date sur le calendrier politique ? Peut-il enfin devenir le moment où un accord politique responsable et historique envisagera un contrat social réellement partagé, assumé et vécu ?
Chantal Volcy Céant
Le 26 janvier 2026
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