PORT-AU-PRINCE – Cent jours après sa nomination à la Direction générale de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA), Lovely François a choisi de faire ce que peu de responsables publics en Haïti osent faire : rendre publiquement compte de ses cent premiers jours de gestion.
La rédaction du Quotidien 509 a obtenu le discours prononcé à cette occasion. Un exercice de reddition de comptes encore rare dans l’administration haïtienne, où peu de directeurs généraux, et même peu de ministres, présentent un bilan structuré de leurs cent premiers jours.
Dans son allocution, la Directrice générale rappelle que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé lui avait confié « une mission claire : mettre en œuvre la feuille de route du Gouvernement pour moderniser cette institution stratégique et renforcer le système de sécurité sociale au bénéfice des travailleurs haïtiens ».
Le document met en avant plusieurs indicateurs financiers. Selon la Direction générale, l’ONA a récupéré plus de 439 millions de gourdes de prêts délinquants et réalisé plus de 6 milliards de gourdes d’investissements en Bons de la Banque de la République d’Haïti, générant « plus de 250 millions de gourdes de revenus supplémentaires » pour l’institution.
Lovely François affirme également avoir « restauré la discipline administrative, renforcé les mécanismes de contrôle interne, instauré une véritable culture de redevabilité » et engagé des réformes destinées à rendre l’institution « plus transparente, plus rigoureuse et plus performante ».
Le bilan fait également état de la modernisation des infrastructures, du lancement d’appels d’offres pour l’acquisition de matériels, de la reprise des formations du personnel après plus de vingt ans, ainsi que des programmes ONA POLIS, destiné aux policiers, et ONA Éducation, en appui aux familles à l’approche de la rentrée scolaire.
Au-delà du contenu du discours, la cérémonie elle-même n’est pas passée inaperçue.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait fait le déplacement, accompagné notamment du ministre de l’Économie et des Finances, de la ministre de la Planification et de la Coopération externe, du ministre des Affaires étrangères et des Cultes ainsi que du ministre des Affaires sociales et du Travail, sans compter des cadres de la Police Nationale d’Haïti, et le chef de Cabinet du Premier Ministre également.
Une telle présence gouvernementale pour les cent premiers jours d’un directeur général n’est pas chose courante.
Encore peu connue du grand public et des observateurs des cercles politiques avant sa nomination, Lovely François construit progressivement son image de gestionnaire. En seulement cent jours, elle a réussi à replacer l’ONA au centre de l’agenda gouvernemental et à faire de son institution un espace de visibilité politique et administrative.
Dans un contexte de recomposition de l’administration publique, la Directrice générale apparaît comme l’une des nouvelles personnalités qui cherchent à s’imposer dans la nouvelle configuration du pouvoir. Sa stratégie repose sur une communication régulière, une mise en avant des résultats et une proximité assumée avec les plus hautes autorités de l’État.
Son discours se veut d’ailleurs sans ambiguïté : « Les cent premiers jours n’étaient qu’un commencement. Les prochains seront ceux de la consolidation des réformes, de l’accélération de la modernisation, de l’amélioration continue des services et du renforcement de la confiance. »
Elle conclut en prenant un engagement public : « Chaque gourde appartenant aux cotisants sera protégée. Chaque réforme sera menée à son terme. Chaque décision sera guidée par un seul objectif : servir l’intérêt général. »
Si ce premier bilan constitue une étape importante de sa communication institutionnelle, plusieurs dossiers seront désormais scrutés.
La Directrice générale ira-t-elle jusqu’à publier la liste des débiteurs délinquants de l’ONA et ceux qui sont à jour, comme le réclament depuis plusieurs années des assurés, des organisations de la société civile et plusieurs observateurs ?
Les enquêtes visant les bénéficiaires de prêts en souffrance, les éventuels réseaux de prête-noms et les responsabilités dans l’accumulation de créances seront-elles approfondies ?
Après ces cent premiers jours, une certitude se dégage : Lovely François n’entend pas rester une simple gestionnaire de transition. En choisissant de présenter un bilan public, en réunissant autour d’elle le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement, et en affichant une ambition de réforme, elle s’impose déjà comme l’une des nouvelles figures de l’administration publique haïtienne.
La rédaction
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